La Walaya
Le prophète a dit : "Je suis venu pour parfaire la bonne éducation." : compléter les enseignements prophétiques afin de faire retourner l’homme à son état initial d’Homme Universel.
Sans le message prophétique l’homme n’a pas la capacité d’accéder à la réalité divine enfouie en lui. L’homme est un barzakh, un entre deux mondes où le divin et le créaturel se trouvent conjugués. Les Attributs divins éternels et parfaits de Dieu et ceux contingents et imparfaits de la nature humaine sont représentés dans leur totalité dans l’homme. Le but et la fin de l’enseignement des prophètes est de faire accéder le serviteur à son éminente et véritable dignité qui lui demeure cachée par ses attributs de contingence. Tant que l’homme reste attaché à ces derniers, il ne peut se rendre compte qu’il est le microcosme créé à l’image du macrocosme : Imago Dei.
Le message prophétique vise à rétablir l’homme en sa qualité de vicaire, lieu-tenant de Dieu. Il se présente comme ayant deux faces :
A) La face exotérique est la mission prophétique par laquelle le prophète transmet et énonce aux serviteurs les lois devant régir leurs comportements : Coran 5, 102 : "Il n’incombe au prophète que de transmettre."
B) La face ésotérique par laquelle le prophète reçoit les Lumières divines et les réalités spirituelles, coté tourné vers Dieu, elle est Amitié et Proximité divine. C’est la Walâya en lui, le lieu de l’inspiration divine et de la révélation de Ses secrets. En elle, il y a une connaissance initiatique qui conjoint à la fois gnose et amour.
De fait il y a quatre types de prophètes ou Nabi :
1) Les prophètes législateurs ont pour mission d’apporter aux hommes une nouvelle législation abrogeant la précédente. Ce sont les six grands prophètes : Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mohamed. Ils ont la perception auditive et la vision de l’Ange en songe et à l’état de veille.
2) Les prophètes envoyés ont les mêmes perceptions et visions que les précédents. Ils sont missionnés pour expliquer aux hommes leur religion sans être chargés de transmettre une nouvelle législation.
3) Les prophètes envoyés à une communauté restreinte : l’exemple en est Lot. Ils ont la vision de l’Ange et l’entendent uniquement en songe, jamais à l’état de veille.
4) Il y a le prophète qui n’est envoyé qu’à soi-même; il a la vision de l’Ange et l’entend uniquement en songe, jamais à l’état de veille.
Le qualificatif de Wali, ami et aimé de Dieu ne peut être traduit par le mot "saint" qoddûs. Cet Attribut de Qoddûs est réservé à la divinité en Islam et traduit la pureté et la sacralité. Nulle part dans le Coran ni dans la littérature arabe, on ne le trouve qualifier une créature. Une exception existe cependant : là où, s’agissant d’un défunt, on dit : qaddasa Allah rûhah, que Dieu sanctifie son âme.
Dans le sens du mot Wali on trouve la connotation de proximité, de loyauté, d’allégeance et de fidélité. On qualifie aussi de Wali celui à qui on confie l’administration ou la direction d’une affaire.
Dans Coran 10, 62, "Non, vraiment, Les Amis de Dieu, Awliyâ’ Allah, n’éprouveront plus aucune crainte, ils ne seront pas affligés.", le qualificatif de Wali s’applique à l’homme; alors que dans Coran 2, 257 : "Dieu est le Wali des croyants : Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière." l’Attribut s’applique à Dieu. C’est un attribut partagé entre le Seigneur et son serviteur. Cela n’est pas le cas pour le qualificatif Nabi lequel est réservé uniquement aux prophètes par droit d’élection divine. Le mot nabi, prophète, provient du verbe nâba qui a pour sens, remplacer, tenir lieu et place, représenter. Ainsi s'éclaire la fonction des prophètes. Ils sont une théophanie de la Lumière primordiale qui résume la création par les Attributs divins : l'Apparent et le Caché, l'Absolu et l'Impératif absolvens.
Le cycle de la prophétie commence avec le prophète Adam et se termine avec le prophète Mohamed, Sceau des prophètes. La Lumière prophétique est une; elle s’épiphanise en les différents prophètes jusqu’au lieu de son repos, son épiphanie totale : Mohamed.
Cela ne veut pas dire que la gnose islamique est la seule à détenir la plénitude du sens spirituel. En fait, les prophètes sont comme les Imâms, ils sont à chaque fois complets et détiennent le sens vrai des Livres, mais ne livrent que la spiritualité dont ils sont les trésors et les trésoriers. La gnose qu'ils transmettent de leur vivant ou après leur disparition est à chaque fois complète. Le prophète a dit : "La religion éternelle est établie depuis la nuit des temps. Elle est comme une maison dont la construction est terminée. Il ne lui manque qu'une seule brique, et cette brique c'est moi.".
La brique qui manque est la clé qui décode et ouvre au Sens que son enseignement permet d'atteindre.
La prise de conscience, chez l’être humain, de la dimension Malakûti en lui, est le premier degré de la Walâya. Elle exprime une délivrance accompagnée d’une renaissance. L’âme accouche de son enfant aîné spirituel. C’est le degré de la Walâya Mohamadienne Générale Absolue, "Porte" d’entrée dont l’Imâm ‘Ali est le symbole.
La naissance spirituelle de l’Enfant Parfait, le corps de résurrection, ouvre sur le second degré de la Walâya. Cette ouverture n’est possible que lorsque la connaissance mystique, la Meryem de l’être, est fécondée par l’Esprit Saint ou Gabriel de l’être. Le fruit de cette fécondation doit arriver à maturité par une spiritualité toujours ascendante et totaliser les sept cieux.
Ici, une parenthèse à propos de la prise de position d’Ibn ‘Arabi au sujet de la Walâya universelle, peut être ouverte. Lorsque l’on a vu la Croix de Lumière voguer de concert avec le M Mohamadien par dessus les sept cieux et les totaliser dans le même envol, on comprend que c’est une identification par le Cheïkh du Trône du Miséricordieux avec la Réalité Christique Cosmique troisième du nom.
La Ghayba essoughrâ est la petite période d’abscence qui dure sept millénaires, soit le "temps" nécessaire pour que cette septième Lumière atteigne sa position. Lorsque le maximum de sa clarté est acquis, le mystique ayant atteint la connaissance que présuppose cette position, elle s’inclue alors dans la colonne des cinq Lumières primitives reconstituant ainsi les six millénaires.
Le troisième degré est celui de la Walâya Plénière Mohamadienne. Elle est conférée en puissance par la naissance spirituelle du Mahdi de l’être, né enfant presque adulte du fémur du mystique, fruit des noces de l’intellect saint de ce dernier et de la connaissance gnostique acquise. Le Mahdi met cinq millénaires pour devenir adulte. La Ghayba el kubrâ, la grande abscence est ce "temps" qui courre jusqu’à sa parousie, soit douze millénaires, 12 spiritualités au total.
Le pèlerin parvient ensuite au lit de repos de Mawlâna, au Nom de Seigneur ‘Abd El Wahad, l'Un, qui ouvre sur l'Union, el Maqâm el Mahmoud, à la distance de "deux arcs ou plus proche encore.".
Ahmed el Ghazâli, frère de Abou Hamid le théologien, a trouvé les mots justes et l’éloquence du verbe pour donner une idée de cette position :
"Le papillon qui est devenu l’amant de la Flamme, a pour nourriture, tant qu’il est encore à distance, la lumière de cette aurore. C’est le signe avant-coureur de l’illumination qui l’appelle et qui l’accueille. Mais il lui faut continuer de voler jusqu’à ce qu’il la rejoigne. Lorsqu’il y est arrivé, ce n’est plus à lui de progresser vers la Flamme, c’est la Flamme qui progresse en lui. Ce n’est pas la Flamme qui lui est une nourriture, c’est lui qui est la nourriture de la Flamme. Et c’est là un grand mystère. Un instant fugitif il devient son propre Aimé. Et sa perfection, c'est cela.".