Unité de l'être n'est pas panthéisme
L’unité de l’être telle que la conçoivent les gnostiques musulmans n’est ni le panthéisme qui identifie Dieu au monde où il est immanent ; ni le théisme, qui hors de toute révélation religieuse, se représente Dieu comme cause transcendante du monde, d’après des concepts rationnels vides de toute intuition.
Le Nom divin qui est immanent dans l'univers est celui d'Errahmân, la miséricorde divine créatice. Le Nom Allah est l'Absolu.
Le premier cas est celui du Saguna Brahman qui porte qualificafs et attributs.
Par contre, Nirguna Brahman transcende toute chose ; Il est source de toute vie, l’Absolu divin. Mais, à tout absolu, il faut un ordre qui l’absolve, un impératif absolvens, une Parole qui le lui ordonne.
En Islam gnostique, le Nom Mohamed, le Louangé, est l’Absolu divin. Ahmed est ce même nom de Mohamed mis à l’impératif actif, Amr Fi'lî mutliq. Ahmed est l’impératif qui ordonne : Coran 61, 6.
Ces deux Lumières "sont les deux hommes consacrés par l'huile, qui se tiennent auprès du Maître de toute la terre" Zacharie 4, 14.
Cette interprétation est confirmée par le hadith : "Je fus avec 'Ali (l’Imâm, le Nom Ahmed) une seule et même Lumière 14 000 ans avant que Dieu eut créé l'Adam terrestre ; ce dernier était encore entre l'eau et la glaise".
Quatorze est le Chiffre de la Totalité. Chaque mille est un millénaire, une spiritualité complète.
Dans la sourate 26 en 15 et 16, Dieu dépêche Moïse et Aaron à Pharaon, tous deux : "Dites-lui nous sommes Le Prophète du Seigneur" (au singulier).
Quoiqu'ils soient deux, le texte coranique en parle comme d'une unité, au singulier. Moïse représente l’Absolu. Son frère, Aaron le Pontife, est à la fois en lui et à coté de lui. Il représente l'Impératif actif : l'Oint, le Consacré au Seigneur, le point qui cohère. Le 12ième et le 14ième millénaire sont Un qui manifeste les deux Noms divins l'Apparent et le Caché.
L'unité qu'est la Lumière Jésus, se dédouble en Moïse et Elie devant les yeux de ses disciples. Elie représente le Pontife Imâm en lui et Moïse l’Absolu.
Thomas 106 : Jésus a dit : "Quand vous ferez de deux un, vous deviendrez fils de l’homme."
Coran 2, 285 : "Le prophète et les croyants, tous ont cru en Dieu en ses Anges en ses Livres et en ses Prophètes. Nous ne faisons pas de différence entre les prophètes. Ils ont dit : 'nous avons entendu et nous avons obéi. Pardon Seigneur ! Vers toi est le retour final'.".
Pour mieux comprendre, utilisons la parabole de l'arbre "yaqtîn" (Coran 37, 146) : Imaginons un plant immense de pastèque, un plant qui produirait un nombre illimité de fruits. Ce plant symboliserait l'Essence divine et chaque fleur qui en éclot, une poignée (qabda mohammadia). Chaque pastèque arrivée à maturité symboliserait alors une Totalité, un chiffre quatorze. L'extérieur du fruit nous apparaît blanc marbré de vert. Le blanc symbolise l’Absolu et la marbrure verte, l'Imâm, le Pontife, l’impératif absolvens.
Considérons maintenant une pastèque unique : sous la peau se trouve une couche de couleur blanche, elle symbolise le Lâhut, le monde de l'esprit. Vient ensuite une couche ni blanche ni rouge, un Barzakh, une frontière : le Jabarût, le lieu de la formation des âmes. La partie rouge du fruit symboliserait alors le Malakût, le monde des âmes, et les graines noires, le Molk, l'infinité d'univers matériels sous les ordres d'une seule Réalité Mohamadienne. Le vertige nous prend quant à l'étendue de la création divine. Cela est confirmé par les propos de L'Imâm Bâqir : "Dieu a créé des milliers de milliers d'Adams, de Réalités Mohamadiennes, et nous, nous sommes dans la dernière d'entre elles".
Le Dieu inqualifiable et inconnaissable dont parle l'Imâm a des Instruments pour gouverner sa création. Le premier de ces Instruments est la Machîa, la Volonté divine, laquelle apparaît à l'existence par l'entremise de l'Essence. Elle est 12ième millénaire. Cette Machîa se dénie la qualité de Dieu, Allah. Le Nom échoit à la Irâda, Acte de volition, 11ième millénaire, laquelle gouverne la création depuis le Trône qui est sur l'eau (esprit). La trinité que ces deux millénaires constituent avec le point qui cohère est dite "Trinité primordiale Logorrhéenne" : de l'infinité de scénari en puissance, un seul est choisi pour être envoyé à l'existence.
L'Instrument qui suit est le Nom Errahmân, lequel porte le Nom de Mohamed 3ième Intelligence. Il est l'Impératif activé, celui qui envoie à l'existence le scénario élu qu'est la Irâda. Errahmân est l'Intelligence émanant de l'Instrument Irâda, Il gouverne les âmes et le monde matériel depuis le haut de son Trône, Trône dit d'ébène, lequel se situe entre le Jabarût et le Malakût.
La Irâda à laquelle a échu le Nom Allah, porte dans la Torah le Nom de "l'Eternel-Cebaot".
Le Nom Errahmân y a pour correspondant celui d' "Elohim".
Le Nom Errahîm, la 10ième Intelligence, l'Esprit Saint, y a celui de "Yahvé".
Cette trinité verticale qui traduit et manifeste la descente de l'Intelligence est exprimée dans le christianisme, comme il a été expliqué plus haut, par : "Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit" : elle est dite "Trinité Logoséenne".
L’Impératif activé, Verbe de Dieu, Amr maf’uli mutlaq, envoie l'Intelligence qui émane de lui, vers l'existence, dans le monde matériel.
La chute de l'Intelligence est symbolisée par la bête aux dix cornes et sept têtes : Apocalypse 13, 1. Elle l'est par les dix sefirots, dans la kabbale juive, et par les "Dix nuits" 89, 2, dans le Coran. Les dix Intelligences se présentent comme une sorte de longue vue à dix éléments qui s'emboitent l'un dans l'autre. La Trinité Logoséenne exprime trois posisions particulières dans cette longue vue.
Essâmirî (celui qui est entré dans l'intimité) Coran 20, 97, est le prototype du panthéiste. Il a ressenti l’unité divine (d’où son nom), quand il s’est trouvé immergé dans l’extase unitive et en a déduit aussitôt que Dieu est le Logos issu de l'Absolu (Errahmân dont le symbole est le taureau). Le texte coranique lui signifie : "lâ misâs", c'est-à-dire : tu n’as rien saisi, rien compris.