Les sources de méditation: le Ta'wîl
Les musulmans se pensent comme étant des gens du Livre. En conséquence, ils ont comme textes sacrés principaux de méditation la Thora, les Evangiles et le Coran.
Le Coran est le Livre par lequel Dieu se révèle aux hommes. L’Ange messager, Gabriel, le dicte au prophète qui transmet le texte et les enseignements. Les "Hadith" explicatifs du prophète et les "Hadith qodsi" (dans lesquels Dieu parle à la première personne par la bouche du prophète) représentent la deuxième source la plus importante de méditation.
Les exégèses des Ecritures sacrées sont de deux types. Les premières traitent du sens littéral apparent des textes et des évènements historiques à propos desquels sont descendues les sourates sur le cœur du prophète par Wah’y, révélation divine, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Les secondes s'attachent au sens spirituel en ramenant l’apparence littérale des textes à leur charge ontologique et à leur sens premier.
Le Kalam sunnite et son correspondant chiite, domaines de la scolastique musulmane y trouvent leur inspiration : c’est le domaine de la Shari’a, du Dahir et du sens apparent. La gnose en méditant les Textes afin d’en dégager le contenu céleste, libère la haqiqa, le véritable sens, le sens premier, el Bâtin. Pour les tenants de ce dernier bord, s’arrêter au sens apparent revient à tuer le Coran. Les faits à propos desquels est descendu le texte coranique sont tombés dans le domaine de l’histoire et les hommes qui les ont vécus sont morts depuis bien longtemps.
Zine El 'Abidine, petit fils de l’Imâm ‘Ali affirme : "Le Coran est et restera toujours vivant, il est destiné aux hommes d’aujourd’hui et à ceux des temps à venir, destiné à chacun personnellement selon son degré de spiritualité". Il explique : "Le Coran a quatre sens, sous chaque sens, s’en cache un autre, quatre profondeurs."
L'Imâm Ja’far, son petit fils affirme : "Le Livre de Dieu comprend quatre rangs : il y a l’expression énoncée, 'ibâra, il y a la portée allusive, ichâra, il y a les sens occultes, relatifs au monde suprasensible, latâif, et il y a les hautes doctrines spirituelles. L’expression littérale est pour le commun des fidèles, 'awâmm. La portée allusive concerne l’élite, khawâss. les significations occultes appartiennent aux amis de Dieu, Awliyâ’ et les hautes doctrines spirituelles aux prophètes, Anbiyâ’".
Certains textes coraniques nécessitent un décryptage à chaque ciel spirituel. Les sourates moutachâbihât ou récits coraniques présentant similitudes et approximations, recèlent en fait des significations nouvelles qui se dévoilent au regard du gnostique, sa basîra, à mesure de la montée en puissance de sa spiritualité : "Sept profondeurs pour sept cieux" a affirmé le prophète.
Le prophète et David ont une chose en commun de la plus haute importance spirituelle : l'un et l'autre ont épousé la femme d'un de leurs plus prestigieux soldats, en l'occurrence Urie et Zaïd, et les ont ensuite envoyés au combat en première ligne où ils furent tués. Cette étape est le signe patent de l'atteinte à la septième profondeur du Sens des Ecritures. Le prénom de Bethsabée a pour sens : maison septième du Seigneur, et celui de Zaïneb : j'ai l'ornement.
L’acte méditatif qui aboutit à l’émergence de ce signifié implicite et caché, el bâtin, s’appelle le Ta’wîl. L’étymologie du mot signifie : reconduire l’énoncé du texte sacré de son sens apparent exotérique à son contenu intérieur spirituel ésotérique, son sens premier, son sens réel et céleste.
Le mot ta’wîl est à l’opposé du mot tanzîl. Ce dernier signifie descente, laquelle symbolise la révélation de la loi divine dans un langage ordinaire accessible au commun des fidèles.
Le ta’wîl ne s’installe pas sans une nouvelle naissance spirituelle, wilâda rûhânia. Il nécessite la pratique de la science de la balance du cœur avec ses dalîl et burhân, indicateurs et preuves.
Les autres sources de méditation religieuses et de connaissance gnostique sont essentiellement les dires, Akhbârs imamiques, et leurs enseignements. Plusieurs œuvres majeures nous sont parvenues.
Au lendemain même de la mort du prophète commença l’enseignement de la gnose en Islam. Ce sont les Imâms ‘Ali et sa descendance imamique qui en furent la source et le centre. Le prophète a dit : "La sagesse divine, c’est moi qui la détiens et la donne. La porte qui lui donne accès est ‘Ali et après lui, sa descendance". Les enseignements des Imâms sont conservés à la fois en arabe et ou en persan dans de nombreuses œuvres, parmi les plus importantes : Ammou El Kitâb ou Oummou El Kitâb : "Aux Sources de l’Enseignement du Livre". L’œuvre se présente comme un entretien entre l’Imâm Mohamed Bâqir, petit fils de l’Imâm Hussein, (mort en 733) et trois de ses disciples.
Une autre source est celle que l’on doit à Hicham el Hakam disciple de l’Imâm Ja’far Essidiq (mort en 765).
Une autre est celle que l'on doit à ’Abou Ja’far el Qommi disciple et confident de l’Imâm Hassan el ‘Askari (mort en 874).
Ibn Babuyé (mort en 911) dans l’une de ses œuvres : Aux sources de l’enseignement de l’Imâm Réda (mort en 818), relate des séances de discussions menées en présence de l’Imâm et dirigées par lui. Des théologiens appartenant à toutes les religions coexistant en terre d’Islam s’y associent (juifs, chrétiens de diverses tendances gnostiques et mazdéens).
La rédaction des recueils provenant des enseignements des Imâms était pratiquement terminée quand commencèrent les traductions des textes grecs en arabe, le plus souvent à partir du syriaque.
Un des textes grecs qui eut le plus grand retentissement en terre d’Islâm fut les "Ennéades" dans lequel Plotin relate son expérience anagogique. Quand les penseurs musulmans eurent en mains ce texte faussement attribué par certains à Aristote, ils s’accordèrent à dire que certains philosophes grecs ont tiré leurs enseignements de "la niche à la prophétie". En effet, ils y retrouvèrent le Mi’râj du prophète, assomption céleste, ainsi que leurs expériences vécues en suivant ses enseignements.