Epilogue

Vous qui étiez mort et à qui il a rendu la vie - Coran 2,28

Notre univers matériel est aujourd'hui arrivé à un point de nécessité résurrectionnelle. Tous les indicateurs clignotent. Certains sont franchement au rouge. Notre planète et nous-mêmes gémissons sous le joug du mode de vie adopté par nos sociétés.

Le temps que Dieu nous donne pour nous ressaisir est ce jour qu’il allonge à chaque fois que l’homme est près de périr. Ainsi à chaque fois, Il accorde à l’homme ce "temps" qui lui est nécessaire afin qu'il se reconstruise individuellement et collectivement en une œuvre résurrectionnelle majeure qui unifie le monde formel à l’univers informel. Dieu a donné le temps et les moyens aux Egyptiens pour construire les pyramides symboles de cet univers total unifié dans l’homme et par l’homme. Nous aurons celui qui nous est nécessaire si telle est la volonté de Dieu.

L’homme ne sait pas qu’il est un fragment à chaque fois répété de l’hologramme total produit par l’Intelligence; il ne connaît pas assez la place éminente qui est la sienne. Témoignant des noces spirituelles de l’intellect et de la connaissance, la philosophie prophétique répond à l’éphémère en le divinisant, au serviteur en le faisant vicaire et lieu-tenant de Dieu. Renaissance spirituelle, elle apporte l’éclosion d’un sens nouveau à la vie et à la mort, "La vision de signes patents en les horizons et en les âmes." Coran 41, 5.

Cette terre est une crique cosmique, une prison où les âmes sont envoyées faire leur rédemption afin qu’elles puissent retourner au lieu de leur émanation première. Les gnostiques considèrent que la venue à ce monde est en soi une sortie du paradis : de l’univers de la réalité au sens vrai, l’univers de l’esprit et de l’âme. L’univers des réalités sensibles est pour eux celui de l’enfer matériel ou univers de l’exil. Il faut naître une seconde fois, franchir l’épreuve de la tombe, pour que l’âme puisse sortir vivante de ce monde. Il est nécessaire d’atteindre à la capacité de se disjoindre du vêtement charnel en transcendant l’apparent des choses. Seule la maturité spirituelle est à même de permettre la réalisation de cette opération - résurrection.

L’enfer est en ce monde et se perpétue dans l’au-delà par l’attachement à la matérialité du monde sensible et uniquement à elle. Nous régressons dans l’être quand l’âme reste attachée au niveau de ce qui est physique, animal et végétal en elle.

L’âme du défunt qui n’a pas réalisé son assomption, Mi’râj, dès cette vie, migre vers les hauteurs du Malakût (dans la région dite de la queue du dragon). Elle y reste prisonnière jusqu’à sa prochaine réincarnation. Cela est clairement exprimé dans le Coran qui prévient que chaque fois que l’incroyant aura usé un corps, un autre lui sera fourni :
Coran 4, 56 : "Nous jetterons dans le Feu ceux qui ne croient pas en nos Signes. Chaque fois que leur peau sera consumée, Nous leur fournirons une autre enveloppe afin qu’ils goûtent le châtiment."
Et Coran 79, 8 à 14 : "Ce jour-là, les cœurs seront troublés et les regards humiliés. Les hommes diront : - Serons-nous ramenés à notre premier état ? Ils diront : - Ce serait un retour désastreux ! Il n’y aura qu’un seul cri et voilà qu’ils se retrouveront à la surface de la terre.".

Le Mi’râj, retour au lieu de l’émanation première en arrête la série infernale.
Thomas 18 : Les disciples de Jésus lui demandèrent : Dis-nous comment sera notre fin ? Jésus leur répondit : Avez-vous donc dévoilé le commencement pour que vous vous préoccupiez de la fin, car là où est le commencement, là sera la fin. Heureux celui qui se tiendra dans le commencement, il connaîtra la fin et il ne goûtera pas la mort.

Dès l’entrée dans la voie mystique sont révélés à l’adepte son Moktasab, karma. Ce dernier est effacé par simple acceptation et louanges à Dieu.
"Lorsque l’on demandera à la fille enterrée vivante pour quel crime elle a été tuée; lorsque les pages des livres seront déployées; lorsque le ciel sera déplacé; lorsque la fournaise sera attisée et le paradis rapproché : toute âme saura ce qu’elle devra présenter." Coran 81, 8 à14.

Non seulement le bébé innocent a un karma à expier, mais il revient à ce monde avec un destin tout tracé. Le prophète a donné l'explication suivante à une question sur le sens du moqtasab : "L’enfant enterrée vivante et celle qui l’enterre, toutes deux vont en enfer." C’est à dire qu’elles sont venues toutes deux sur terre affectées de méfaits qui ont eu lieu avant leur venue au monde. Elles sont destinées l’une et l’autre après leur mort à un retour au monde sensible pour expier l’une ce qu’elle a subi et l’autre ce qu’elle a fait.


Il y a de fait en nous un paradis et un enfer. Ce dernier provient des comportements et des actes que nous jugeons blâmables en nous. Les quêtes et les désirs sains poussent l’homme à donner le meilleur de lui-même, à se surpasser et à se transcender. Les désirs débridés et les phantasmes le rapprochent de plus en plus de ce qu’il y a de plus primaire en lui : les forces obscures animales non domptées.

L'intelligence est une arme à double tranchant. Elle est l'instrument de l'enfer quand elle est orientée essentiellement vers la gestion des affaires du monde, tournée vers un désir de mieux être matériel toujours grandissant, jamais assouvi.

Que ce soit en ce monde ou post mortem, le paradis et l'enfer sont des états de l'âme. Le facteur qui conditionne les tourments ou les délices qui sont présents à l'âme est le degré de connaissance que celle-ci a de Dieu. Plus complète est la connaissance de Dieu, plus sont achevés les délices et la félicité. Inversement, plus l'ignorance de Dieu est importante plus les tourments sont exquis. La proximité au Principe est synonyme de bonheur et de joies, l'éloignement de malheur et de peines.

Aux yeux du gnostique parvenu au terme de son Mi'raj, le Paradis commence dès ici-bas et se poursuit dans l'au-delà. Le paradis s'accomplit dans l'éternel présent. Entre ce monde-ci et l'autre, il y a imbrication et continuité : le paradis est le présent mis à l'éternel pour ceux qui atteignent le monde de l'âme et de l'esprit dès cette vie terrestre; l'enfer est la demeure réactualisée de ceux qui gémissent sous le joug de la matérialité et qui s'y complaisent, à jamais éloignés de toute vie spirituelle.

Avicenne, dans ses récits visionnaires, nous conte comment ses forces intérieures de concupiscence, majordome et cuisinier, complotent contre lui afin de le tuer. Ils ne réalisent pas que c’est un service qu’ils lui rendent : c’est sa mort mystique suivie de sa renaissance à une vie nouvelle qu’ils vont obtenir. Avicenne écrit en commentaire de son récit : "laissez les faire, ils participent et concourent à votre résurrection sans s’en rendre compte". Dans notre vie de tous les jours, les peines, les trahisons, les pertes de proches, les revers de fortunes, tout cela et tout ceux qui en sont l’instrument concourent dans ce sens.

Quand l'individu meurt de sa mort naturelle sans avoir réalisé ce pourquoi il a été envoyé en ce monde : son retour à Dieu, au point premier de l’émanation, il y est renvoyé pour l’accomplir.
Coran 2, 28 : "Comment pouvez-vous ne pas croire en Dieu ? Vous qui étiez morts et à qui Il a rendu la vie. Il vous fait mourir, puis il vous fait revivre de nouveau et vous serez ramenés à Lui."


La philosophie prophétique et ses enseignements se mue en miracles qui révèlent autant l’univers intérieur spirituel et le monde de l’âme que l'univers matériel, devant les yeux fermés ou ouverts du gnostique.

[top]  -  [retour]