L'Alchimie ou le grand Œuvre
L’Alchimie est cette science qui transforme le plomb en fer, le fer en cuivre, le cuivre en argent et l’argent en or. Le but que se fixaient les authentiques chercheurs dans les antiques officines d’alchimie n'était pas d'ordre matériel. Cette opération avait pour fin véritable une alchimie de l’âme. Lorsque la volonté divine le décide, le métal brut, non dégrossi que nous sommes, s'affine crescendo jusqu'à devenir or. C’est cela pour une âme atteindre sa perfection.
Jung relate des rêves et visions, chez certains de ses patients, qui relèvent du symbolisme des processus alchimiques. La plupart des sujets qui lui rapportent ces rêves, dit-il, ignorent jusqu’à l’existence même de cette science. Jung relie ces visions à une psychologie des profondeurs. L’âme a un désir de se transcender qu’elle révèle et manifeste de la sorte. Il dit retrouver également les mêmes symboles dans les dessins réalisés par des schizophrènes de toutes régions de la planète. Souvent, ils apparaissent tout de suite après des états chaotiques, conflictuels assortis d’angoisse. Ce sont, dit-il, des yantras au sens indien, supports pour la méditation et la plongée dans le monde intérieur. Ils expriment l’idée de l’abri sûr, de la réconciliation intérieure et de la totalité. A chaque fois, affirme-t-il, il s’agit de créations nouvelles à l’écart de toute influence : il doit nécessairement exister une disposition qui reste inconsciente pour l’individu et dont l’extension est pour ainsi dire universelle, une disposition donc qui peut en tout temps et en tous lieux produire en principe les mêmes symboles ou à tout le moins des symboles très semblables… Quand nous nous enfonçons un peu plus profondément sous la surface de l’âme, nous rencontrons des strates qui ne sont pas, comme on pourrait le croire poussière morte, mais qui continuent à vivre et à agir à l’intérieur de chaque être.
Jung nous explique que l'intellect humain a développé une conscience tellement claire du monde matériel et rationnel qu'il a mis en jachère tout ce qui est du domaine de l'âme et de l'irrationnel. L'intellect de l'homme moderne qu'il dit luciférien, a pris toute la place; en témoigne l'angoisse qui se généralise : "La névrose est la souffrance d'une âme qui a perdu son sens."
Il faudrait ajouter aux dires de Jung que les maladies physiques qui paraissent n’avoir aucune relation avec le psychisme, sont elles aussi, l’expression matérialisée de l’ignorance spirituelle, cette maladie de la connaissance à l’origine de toutes les maladies.
Pour trouver son équilibre, l'homme doit enfanter d'un monde ordonné à partir de lui-même. Il ne peut le trouver que dans la profondeur de son être. L'homme, s'il veut mériter son nom, doit s’écarter de la fascination que le monde matériel exerce sur lui. Alors, aux influences extérieures, se substitue une règle interne qui fait monter au premier plan un ordre de valeur supérieur à celui de l'ego et de la conscience ordinaire.
Jung dit qu’il est simplement un phénoménologue et qu’à ce titre il s’interdit toute formulation métaphysique. Il ajoute néanmoins que toutes les visions étudiées représentent selon lui, un schéma des images divines, une quaternité qu'on peut véritablement qualifier d'archétype de la totalité, comme le montrent les visions chez Ezéchiel, Daniel et Hénoch (tente cosmique, Kaaba chez Ibn 'Arabi, pyramides pharaoniques).
Il remarque aussi que le résultat du processus aboutit à une mutation qui transforme le regard que l'on porte sur soi et sur l'être : l'homme accède alors à la sérénité et accepte en toute paix et quiétude ce que la vie lui présente; il connaît dans cet abandon la véritable liberté, une adhésion sereine à un ordre qui le dépasse.
L’Alchimie est une mutation strictement d’ordre spirituel dans la voie de laquelle s’engage l’homme conscient et convaincu du fait que sous le masque de la matérialité sont dissimulées des réalités divines. Chacun devrait travailler à les faire s’exprimer en lui. Prenant départ au niveau de sa nature brute, mine de plomb, cette voie le mène à une nature paisible et sereine, mine d’or. L’homme, en atteignant cette perfection sienne, conjointement, reconstitue l’Hologramme Total à partir du fragment d’hologramme qu’il est.
L’alchimie s’attache à l’amour tel qu’exprimé par les ‘Oshaq de Dieu, les fous d'amour de Dieu. L’amour est le facteur qui fait se transcender l’âme dans un mouvement anagogique.
L’union essentielle constitutive de la création divine dans sa totalité est celle de l’Intelligence et de la Connaissance. Le pèlerin qui va à la recherche de Dieu les actualise en lui de ciel en ciel, et ce, jusqu’à leurs noces finales. Leur dernier enfant spirituel est le Sauveur, le Mahdi de l'être.